Cérémonie du 11 novembre 2020 [es]

La traditionnelle cérémonie du 11 novembre, qui marque la fin de la 1ère guerre mondiale, s’est déroulée cette année à l’Ambassade de France sous la présidence de Mme la Députée Mathilde Panot, invitée spéciale des nouvelles autorités boliviennes pour l’investiture du Président Luis Arce.

Cérémonie du 11 novembre 2020
Discours de Mme Mathilde Panot, Députée

Monsieur l’Ambassadeur,

L’Histoire donne à voir un enchaînement de circonstances, qu’il nous faut analyser avec soin, afin de les saisir lorsqu’elles se répètent. Ainsi, je vois toujours la commémoration d’un événement comme une invitation à la pensée, et non une suspension du jugement.

À 11h11, ce matin de 11 novembre 1918, résonnait le signal du cessez-le-feu. Notre pays fut vainqueur, mais au prix d’un immense traumatisme.
Le souvenir de la victoire de 1918 ne doit pas nous plonger dans l’amnésie générale. La guerre est toujours un échec absolu, une gigantesque montagne de malheur. On pourrait dire qu’à cette époque, l’effort du peuple et la mobilisation générale furent splendides. Il y avait pourtant, à Paris, d’immenses manifestations ouvrières, dès le 27 juillet 1914, pour dire non à la guerre.
Mais les hommes furent contraints d’obéir.

Je pense à eux et leur rends hommage. Aux 19 millions de personnes mortes dans cette guerre atroce. Aux combattants qui allèrent sur le front la mort dans l’âme, pétris d’inquiétude. Aux fusillés pour l’exemple de 1917. Je pense à celles et ceux qui ont sans cesse appelé à y mettre fin et poursuivi leur combat pacifique sans relâche.
La guerre n’est pas une fatalité mais elle est un état politique. Avant 1914, le capitalisme allait de crise en crise. Jean Jaurès le formulait ainsi : « Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage ». La commémoration du 11 novembre est une occasion d’y réfléchir, et d’exercer la raison qui tient lieu de contrepoison.

La paix n’est pas l’état de nature. Elle n’est pas une évidence. La paix est une construction politique dont les conditions doivent être réunies pour qu’elle soit durable.

Notre civilisation humaine fait face à un enchaînement de crises mondiales. La crise sanitaire est un formidable révélateur du grand déménagement du monde et de son corollaire, les réseaux d’interdépendance entre les Nations. Le coronavirus pose le défi de la solidarité entre les peuples pour faire face et trouver un remède à l’épidémie. Il nous faut assumer que la santé humaine transcende les intérêts économiques particuliers. Nous ne pouvons, en la période, nous résoudre aux égoïsmes, ou nous remettre au seul intérêt privé, quand les enjeux sont si grands.
C’est bien la coopération qui permet de sauvegarder la paix et de conjurer le chaos.

Il nous faut aussi prendre conscience du plus grand défi que l’Humanité ait à connaître : le dérèglement climatique. L’ONU prévoit 1 MILLIARD de réfugiés climatiques dans le monde en 2050. Les deux-tiers de la population mondiale risquent d’être confrontées à des pénuries d’eau d’ici 2025. De la pointe des Cévennes au climat désertique du Sahel en passant par la chaleur humide de l’Amérique latine, la guerre de l’eau s’avance. L’accaparement privé de la ressource en eau, qui est pourtant un bien commun, conjugué aux bouleversements climatiques qui la raréfie, peut nous mener au désastre.

Le ciel de la paix est une atmosphère fragile. La misère, la disparition d’horizon commun, l’appauvrissement généralisé, les inégalités croissantes sont autant de ténèbres qui peuvent l’obscurcir.

Nous contemplons déjà des désordres et leurs conséquences. Nous assistons aux noces de l’extrême-droite et de l’extrémisme religieux, tous deux en quête de sape de la démocratie politique et sociale. Nous voyons les dégâts, la dislocation, la tentative répétée de fracture de nos Nations.
Il nous faut faire bloc. Nous devons garantir, en toutes circonstances, la paix civile et l’unité des Nations contre les menaces qui pèsent sur elle.
Nous le disons avec force : maudite soit la guerre. Maudits soient ceux qui la désirent plus que tout, qui la préparent, qui l’organisent ou qui la déclenchent.

Je voudrais finir avec ce mot de Jean Jaurès, grand homme qui abhorrait la guerre. Il écrivit ceci peu avant son assassinat le 31 juillet 1914 :
« C’est à l’intelligence du peuple, c’est à sa pensée que nous devons aujourd’hui faire appel si nous voulons qu’il puisse rester maître de soi, refouler les paniques, dominer les énervements et surveiller la marche des hommes et des choses, pour écarter de la race humaine l’horreur de la guerre.

Le péril est grand, mais il n’est pas invincible si nous gardons la clarté de l’esprit, la fermeté du vouloir, si nous savons avoir à la fois l’héroïsme de la patience et l’héroïsme de l’action. La vue nette du devoir nous donnera la force de le remplir. ».

Cérémonie du 11 novembre 2020
Discours de Monsieur l’Ambassadeur Denis Gaillard

Madame la députée,
Mes chers collègues,
Mes chers compatriotes,

Nous voici à nouveau réunis pour la traditionnelle cérémonie du 11 novembre, qui nous donne l’occasion chaque année de commémorer la fin de cette terrible épreuve que fut la première guerre mondiale, avec son cortège de plus de 10 millions de morts au combat, dans des conditions particulièrement atroces, une guerre absurde qui aurait sans doute pu être évitée, mais où – malgré tout - les soldats des deux camps ont su faire preuve d’un incroyable courage.

C’est ce courage que le Président de la République Emmanuel Macron a tenu à honorer aujourd’hui même en présidant la cérémonie d’entrée au Panthéon de l’écrivain Maurice Genevoix, lui-même grièvement blessé aux Eparges dans la Meuse, et qui a su trouver les mots pour dire l’indicible et raconter l’horreur de ces combats dans son recueil de récits de guerre intitulé « Ceux de 14 ».
Ici même nous avons sur cette pierre la liste de nos compatriotes, qui n’ont pas hésité à quitter la Bolivie pour rejoindre la France et mourir sur le front. Pour que leur souvenir soit présent parmi nous en cette journée particulière, et pour que leur sacrifice n’ait pas été vain, je voudrais énumérer leurs noms un à un :

Georges d’Ambrières
René Demont
Michel Forgues
François Glaizot
Louis Lataste
Emilie Mourraille
Pierre Rosenfeld
Jean Aifasero

Au-delà des années qui passent et de la mémoire qui s’efface, soyez ici remerciés pour le sacrifice de vos vies.

En ces jours de novembre, nous célébrons également cette année – nous l’avons fait ce 9 novembre - le 50ème anniversaire de la mort du général de Gaulle, cette très grande figure de notre histoire qui, en 1940, a su dire non à la fatalité, au moment où le gouvernement français aux abois s’inclinait devant l’ennemi. Le général de Gaulle qui a su en 1958, lors de son retour à la vie politique, doter la France d’institutions solides même si elles sont bien sûr toujours perfectibles. Le général de Gaulle, qui était aussi un grand ami de l’Amérique latine (comment oublier son fameux « La mano en la mano » !), et qui a tenu, lors de sa tournée régionale de 1964, à rendre visite à cette Bolivie si lointaine, à l’occasion d’une chaleureuse escale à Cochabamba.

Mes chers amis,
Si cette célébration du 11 novembre est traditionnelle, le contexte de cette année ne l’est certes pas. La planète entière est affectée par la pandémie de la Covid-19 qui a frappé dur dans tous nos pays au 1er semestre de cette année, et qui connaît aujourd’hui en Europe un nouveau ressac, qui ne devrait pas épargner le reste du monde dans les mois à venir.

Cette pandémie inédite n’est pas sans nous rappeler celle de la grippe espagnole qui s’était propagée au sortir de la 1ère guerre mondiale et avait alors fait plus de 50 millions de morts à travers le monde.

Heureusement, nous n’en sommes pas là, car cette fois-ci – à travers des mesures de distanciation et de confinement - nous avons collectivement décidé de privilégier la vie, quitte à bloquer nos activités économiques. Cette situation ne sera toutefois pas tenable longtemps et nous formons des vœux pour qu’un vaccin réellement efficace puisse être rapidement trouvé afin que nous puissions contenir les conséquences économiques et sociales désastreuses des mesures de confinement.

Comme si la violence de la maladie ne suffisait, la France a également été récemment confrontée à une nouvelle vague d’actes terroristes particulièrement odieux, et je voudrais que nous ayons en ce jour une pensée pour l’enseignant Samuel Paty, horriblement tué à proximité de son établissement de Conflans Ste Honorine, ainsi que pour les assassinés de la Basilique de Nice, mais aussi les victimes de la fusillade de Vienne en Autriche. Aujourd’hui même, les participants à la cérémonie du 11 novembre au cimetière de Djeddah ont été victimes d’un tir de grenade. Face à ces agressions lâches et odieuses, il nous faut resserrer les rangs. Nos valeurs ne sont pas négociables, qu’il s’agisse de la liberté d’expression ou de la laïcité.

Madame la Députée,
Nous sommes particulièrement honorés de votre présence parmi nous, ainsi que celle de votre délégation, en ces jours si importants pour la Bolivie.
Comme vous le savez, l’année qui vient de s’écouler a été particulièrement éprouvante pour ce pays. Il y a un an, jour pour jour, la Bolivie était au bord du gouffre, au lendemain du départ en exil du Président Morales et alors que les forces armées et les forces de police, confinées dans leurs casernes, n’étaient plus en capacité d’assurer la sécurité publique. Mes chers collègues, je sais le souvenir effrayant que beaucoup d’entre vous gardent de ces jours et surtout de ces nuits.

Une année a passé depuis ces journées d’effroi, une année semée de moments de tensions et de vives querelles politiques, sur fond de pandémie. Il était temps que le peuple bolivien fasse à nouveau entendre sa voix à travers un processus électoral juste et transparent et grâce à un Tribunal suprême électoral fiable. Tel a été le cas : le suffrage universel a parlé et la Bolivie dispose désormais d’autorités clairement désignées avec lesquelles nous allons pouvoir reprendre une coopération active, car notre souhait le plus vif est d’accompagner la Bolivie en ces heures difficiles. A l’occasion du cocktail que nous allons partager dans un instant, vous allez pouvoir – Madame la Députée - rencontrer non seulement les collègues de l’Ambassade, mais également les responsables de notre Lycée franco-bolivien Alcide d’Orbigny, de l’Alliance française de la Paz, de l’Agence française de développement, de l’Institut de recherche pour le développement, de l’Institut français des études andines, de l’Association de solidarité française, ainsi que quelques-uns de nos conseillers du commerce extérieur.

Tous ensembles, nous formons l’équipe France, et nous sommes déterminés à aider la Bolivie à affronter les défis qui l’attendent au sortir de cette éprouvante année 2020. Vous avez pu, au cours des journées que vous venez de passer dans ce pays, mesurer la vitalité du peuple bolivien, sa dignité, son courage, sa détermination. Nous sommes pleinement confiants en sa capacité à surmonter les épreuves.

Pour conclure, et ayant à l’esprit – en ce 11 novembre - tous les morts de toutes nos guerres, je voudrais dans cette ville qui porte le si beau nom de La Paz – la Paix – former des vœux pour que notre monde sache faire le choix difficile et courageux du dialogue et de l’entente, le choix de la paix, une paix juste, une paix solide, une paix durable.

Je vous remercie.

publié le 13/11/2020

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